Le télésoin en kinésithérapie : une marche à gravir !

La FFMKR est une fédération de masseurs kinésithérapeutes qui s'est positionnée en faveur du télésoin en kinésithérapie. A l'automne 2020, elle a contribué à la production d'une fiche pratique pour donner des indications de bonnes pratiques au Collectif Téléconsultation. Au moment où le Catel et la Maison des Kinés s'associent pour proposer aux masseurs-kinésithérapeutes une formation au télésoin en kinésithérapie, Thomas Prat, Masseur-Kinésithérapeute et Secrétaire général chargé de la vie conventionnelle pour la FFMKR (Fédération Française des Masseurs Kinésithérapeutes Rééducateurs), revient sur les atouts et leviers nécessaires pour développer cette pratique en kinésithérapie. La FFMKR soutient le développement du télésoin en kinésithérapie. Thomas Prat, pouvez-vous nous indiquer pourquoi ces nouvelles pratiques vous semblent pertinentes ? En effet, nous nous sommes positionnés très fortement en faveur du télésoin, dans une période très particulière qui était la période de confinement. En mars 2020, l’ordre des kinésithérapeutes demande la fermeture des cabinets, le télésoin était dans les tuyaux depuis quelques années mais au seul stade de projet, et en cette période de confinement il y a comme une urgence : l’idée est de pouvoir accéder aux patients, d’avoir la capacité d’assurer la continuité des soins, limiter le risque de rupture de soin et donc de perte de chance pour les patients. Un groupe de travail est monté en quelques jours, dans le cadre de la FFMKR réunissant 7-8 collègues. Le dossier est présenté à la DGS, DGOS et CNAMTS. L’arrêté paraitra en avril 2020 pour autoriser la pratique (Arrêté du 16 avril 2020 complétant l'arrêté du 23 mars 2020 prescrivant les mesures d'organisation et de fonctionnement du système de santé nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire) soit un peu tardivement, car cela fait un mois que nous n’avions plus accès à nos patients. Pendant cette période, la FFMKR a préparé le terrain face à ce choc annoncé dans nos pratiques : la profession n’était pas prête. Webinaire, FAQ, tutoriel, nous avons accompagné au maximum les confrères dans cette nouvelle pratique très clivante. Dans quelle mesure les kinésithérapeutes adoptent-ils ces nouvelles pratiques ? Il existe une vraie fracture dans la profession vis-à-vis de cette nouvelle pratique : nous sommes un métier de contact, où l’on touche les gens, on les guide physiquement, nous sommes au plus proche d’eux. Pour certains confrères, le télésoin est inconcevable. Pour d’autres, c’est une pratique intéressante qui s’inscrit pleinement dans notre rôle de kinésithérapeute, dans la prise en charge globale du patient et son autonomisation. Le versant bio-psycho-social de nos prises en charge est primordial, nous travaillons sur les croyances du patient vis-à-vis de sa maladie, ses peurs, son ressenti, son adaptation à son environnement. Pour tout cela le télésoin est utile car il enlève tout l’effet contextuel de nos prises en charges, qui ont un effet certain, mais qui n’est pas de la kinésithérapie pure. Certains confrères pratiquaient déjà à distance avant la pandémie, des précurseurs convaincus de son intérêt. Pendant le confinement, les nombreux confrères qui l’ont testé, parfois à reculons, ont globalement été surpris et ont apprécié son utilisation. Pour autant, avec le retour possible des patients au cabinet, la pratique a fortement diminué. Même si les consœurs et confrères ont gardé cette possibilité pour quelques patients. Le télésoin est redevenu accessoire, même si la pratique perdure chez les plus motivés. Pourtant, la e-santé arrive à présent à grands pas, ne doit pas être subie ; il faut l’appréhender pour en tirer le meilleur pour nos patients, s’intéresser aux témoignages des kinésithérapeutes pratiquent déjà le télésoin. Certains types d'usages à distance sont en effet utiles en kinésithérapie. Pouvez-nous citer quelques indications et types d'actes adaptés ? D’abord, rappelons que le kinésithérapeute détermine si le recours au télésoin est pertinent ou non pour le patient, avec son accord. Le télésoin convient à ceux qui ont l’habitude et l’aisance à utiliser l’informatique au quotidien, quel que soit leur âge. De façon générale, le télésoin en kinésithérapie permet de réaliser : du conseil et de l’orientation, du renforcement musculaire, de la rééducation. De façon plus exceptionnelle, il peut aussi permettre de réaliser des concertations pluridisciplinaires en associant un ou plusieurs acteurs du parcours de soins du patient, comme un chirurgien, un médecin généraliste, une infirmière, un auxiliaire en EHPAD, voire un aidant. A mon sens, les situations les plus adaptées au télésoin sont les prises en charge de patients souffrants de douleurs chroniques, où la première des thérapies est le mouvement, l’éducation et l’autonomisation du patient. Viennent ensuite : -Les pathologies traumatiques et orthopédiques : rééducation avec mise en exercices de musculation, éducation à la réalisation d’auto-exercices que le patient pourra refaire entre deux séances (le télésoin permet d’adapter ces exercices à l’environnement du patient) ; -Les maladies chroniques telles que scléroses en plaque, maladies neuro-dégénératives : entretiens pour inciter les patients à bouger, à rester en mouvement ; Nous avons eu aussi le retour de certains kinés qui regrettent l’exclusion actuelle de certaines pratiques qui pourraient être réalisées selon eux en télésoin de façon tout à fait pertinente (kiné vestibulaire, périnéo sphinctérien par exemple). Cela pourrait sans doute évoluer. Comment a été vécu ce nouveau mode d’exercice par vos patients ? Les séances de télésoin sont bien vécues par les patients. C’est un temps d’échange qui a été particulièrement apprécié sur la période de confinement, en permettant aux patients de sortir de leur isolement. Dans ma propre pratique, je m’attache d'ailleurs à ce que ces séances soient ludiques. On "rigole" beaucoup avec les patients, avec des situations assez sympas parfois lorsque les enfants viennent participer, voire sont utilisés comme outils de rééducation ! Globalement ce que l’on remarque c’est que le patient adhère plus à son traitement, il participe plus et mieux, et s’autonomise plus rapidement dans sa prise en charge. Hors confinement, le télésoin permet également d’arranger les gens qui travaillent ou qui ont du mal à se déplacer et est ressenti comme un plus ; c’est facilitateur. Comme dans tous les métiers, il y a des précautions à prendre, des choses à ne pas faire à distance. Comment accompagner les kinésithérapeutes vers des bonnes pratiques, et lever leurs appréhensions ? Bien entendu, on ne peut pas tout faire et il y a des précautions à prendre ! La FFMKR a participé au Collectif téléconsultation initié et animé par Catel, et a contribué à l’élaboration d'une fiche pratique pédagogique qui est à leur disposition sur teleconsultez.fr. Elle explique de façon synthétique les atouts du télésoin pour les kinés et pour leurs patients, les indications et contre-indications, et propose quelques trucs et astuces pour bien pratiquer à distance. Ces travaux sont à la base de La formation sur la téléconsultation et le télésoin en pratique, comprenant un module dédié aux kinésithérapeutes. Cette formation est organisée par Catel en partenariat avec la Maison des Kinés - INK, et aura lieu les 15 et 17 juin (formation à distance pouvant être prise en charge au titre de la formation continue par le FIF PL kinésithérapeutes). Elle est destinée à accompagner les pratiques, à lever des appréhensions, à donner des recommandations, et surtout à discuter avec un kiné déjà pratiquant afin de bénéficier de son expérience pour pratiquer efficacement. Pour conclure, un message encourageant que vous aimeriez adresser à ceux qui doutent encore ? Le télésoin ne remplacera jamais notre pratique présentielle mais elle est un outil qui peut s’avérer très utile, alors ne partons pas avec des a priori négatifs. En général, l’essayer c’est l’adopter !

Le télésoin en kinésithérapie : une marche à gravir !